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Mukhtar Mai
Par André
Brie (MPE)
Elle était à ce
temps-là une jeune femme de trente ans. Cela s'est passé
le 22 juin 2002 à Meerwala, un village pakistanais dans
le Punjabi. Ce que lui a été fait est horrible de toute
façon, mais même si l'on essaie de se placer mentalement
dans les conditions de cette région isolée, quelqu'un
venant d'ailleurs ne pourra guère comprendre quelle
humiliation atroce elle et sa famille ont souffert.
Beaucoup d'autres femmes, qui ont eu ou bien qui
souffrent encore le même sort, ne voient pas d'autre
issue que de se suicider. Dans le village de Mukhtar
Mai, l'on pratique la loi tribale pré- Islamique.
L'avocate
pakistanaise Hiani Jilani décrit la situation des femmes
dans cette et dans d'autres régions semblables, aussi
dans d'autres pays, par des mots insistants, mais pas du
tout pointus : « Une femme, chez nous, n'a pas beaucoup
plus d'individualité qu'un meuble. Il n'y a pas
longtemps, une jeune femme a préféré se pendre au lieu
de se laisser marier à quelqu'un contre son gré. C'est
le seul droit, que personne ne peut prendre à ces femmes
malheureuses. »
En ce jour, le
22 juin 2002, Mukhtar Mai fut condamné par le Conseil du
Village au viol collectif. Son offense ? Il n'y en avait
pas eu. Son frère de 14 ans avait été vu avec une femme
d'une tribu rivale. Il faillait rétablir « l'honneur
» du village par le jugement contre la sœur. Quatre
volontaires ont violé Mukhtar Mai. Après cela, la jeune
femme était tirée nue et criante par le village, jusqu'à
ce que son père la recouvrît d'une écharpe et la porta
à la maison.
Mukhtar Mai ne
se suicida pas. Elle ne s'est pas résignée au ban social,
que les victimes ont à accepter en surcroît. Ce que
presque aucune des milliers de femmes - assassinées,
torturées et abusées chaque année au Pakistan, en Inde,
en Afghanistan, en Iran ou en Algérie pour « l'honneur
» de la tribu, de la famille, du village, des pères, des
maris, des frères - a osée, elle l'a fait.
Elle s'est
défendue publiquement et juridiquement, a demandé dans
plusieurs procès de cour la punition des violeurs et des
autres participants au crime. Deux fois, les offenseurs
étaient disculpés ; en ce moment 13 d'entre eux sont
encore une fois sous arrêt (encore sans jugement).
En juin 2005 -
en apparence pour garantir sa sécurité - Mukhtar Mai fut
placée sur la liste officielle des défenses de sortie du
Pakistan (« exit control list »), son passeport a été
confisqué. Le régime de Pervez Musharraf, partenaire « privilégié
» des États- Unis, avait voulu et veut prévenir, qu'elle
parle à l'étranger sur le mépris des droits humains les
plus élémentaires des femmes.
La compensation
de 8,000 Dollar US, qu'elle a reçue de l'État, elle l'a
donnée à la construction de deux écoles dans son village,
car elle est convaincue, que la situation ne peut
changer pour le mieux que par l'éducation.
Au Pakistan seul,
à peu près 150 femmes par an sont condamnées pour viol
par des cours tribales. Suivant des renseignements du
Comité des Droits de l'Homme pakistanais en 2004, un
milliers de femmes sont devenus des victimes de tels « assassinats
d'honneur », beaucoup d'entre elles sont mutilées par de
l'huile brûlante. La plupart des cas ne deviennent même
pas connues.
Dans d'autres
pays, la situation a l'air semblable. En Europe aussi,
les femmes deviennent des victimes de cette « tradition
». Ainsi à Berlin, suivant des rapports officiels, dans
les derniers douze mois seulement, six femmes ont été
assassinées pour « l'honneur de la famille ».
Mukhtar Mai n'a
pas été prête de n'être que victime ; elle est devenue
une militante courageuse pour les droits des femmes et
pour les droits de l'homme généralement. Mais la
politique des droits de l'homme et la politique de la
démocratie de l'Ouest l'abandonne, elle et les autres
femmes concernées. Le pouvoir et la politique de
domination sont en tous cas plus importants, et les
droits de l'homme ne joueront un rôle que s'ils peuvent
être utilisés pour imposer les premiers. Les droits de
l'homme de Mukhtar Mai ont été piétinés au Pakistan, et
ils sont ignorés d'une façon outrageuse en Europe et aux
États- Unis.
Traduit par
Carla Krüger, le 22 octobre, 2005 ; Original dans Disput,
le journal des membres du Parti de Gauche.PDS, octobre
2005.
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