ANDRÉ BRIE    
FRANÇAIS | TEXTES CHOISIS
 

André Brie, le 9 février 2008, adresse en occasion de l'ouverture de l'exposition sur Slano (Croatie) à Gägelow


Chers mesdames et messieurs,

merci pour l'occasion de parler ici et en cette occasion et j'espère de pouvoir vous dire pourquoi je vous en remercie.


Cette exposition est capable de montrer plusieurs choses.


Elle montre premièrement un photographe qui non seulement fait de la documentation, mais qui par ses images a capturé l'essence de gens qui sont unique comme toute personne. Je crois que ses meilleures images permettent de leur regarder dans le cœur et de sentir nore propre coeur. Elles montrent un photographe qui réussit de saisir la cruyauté, le manque de sense et même la banalité de la guerre, de la haine, de l'égoisme national et la richesse, les joies et la fierté de la paix, de la construction, de la communauté.


Un photographe qui n'est pas un observateur neutre, n'en veut pas et n'en peut pas être un, il s'engage et exprime sa solidarité, il aide, il fait des ami/es.


Je vous remercie, cher Hans-Joachim Musilinski, pour ces images et pour la façon dont elles font un tableau des choses pour eux et pour nous.


Celui qui lui parlera, après ou à d'autres occasions, apprendra encore beaucoup plus sur Slano, Croatie, et surtout sur les hommes derrière ces images et les gens ici à Gägelow qui ont ouverts leurs cœurs et les chemins entre Slano et Gägelow.


Deuxièmement vous voyez ici des images sur le contre-sens et le sens de la guerre. Les photographies de maisons détruites et les paroles nationalistes ne peuvent pas nous dispenser de réfléchir sur les morts, les torturés, les mutilés, sur les mères qui ont perdu leurs enfants, les enfants qui sont devenus orphelins, sur la peur, la souffrance, le désespoir, la misère, l'abandon ainsi que l'espoir permanent.


De millénaires de guerres beaucoup de documents et d'œuvres d'art nous ont été transmis; je voudrais vous en citer un, il aussi déjà vieux de plus de 200 ans et me demander moi-même et nous tous pourquoi en dépit de l'effroi général, nous sommes encore si incapables de finalement laisser la guerre derrière nous.


Matthias Claudius l'a exprimé ainsi dans sa „Chanson de la guerre“ de 1779:


C'est la guerre! C'est la guerre! Oh, ange de Dieu, résiste,

prière de t'en mêler!

Malheureusement, c'est la guerre – et je ne désirerais rien plus

que de n'en pas être coupable!


Qu'est-ce que je devrais faire, lorsque dans mon sommeil, affligé,

et sanglant, pâle, livide,

les esprits des morts viennent chez moi

et criaient devant moi, qu'est-ce que je devrais faire?


Si des braves hommes cherchant la gloire,

mutilés et mi-morts

se roulaient devant moi et me maudisaient,

dans l'agonie de leur mort?


Si des milliers et milliers de pères, de mères, de jeunes épouses,

si heureuses avant la guerre,

maintenant tous misérables, tous des pauvres gens

se plaignaient de moi?


Si la faim, la mauvaise peste et leur misère

rassemblèrent ami, ami et ennemi dans une même tombe

et chantaient à ma gloire

mais cela d'un corps de mort?


Qu'est-ce qui m'aideraient couronne, pays, or et honneur?

Il ne pourraient pas me consoler!

Malheureusement, c'est la guerre – je ne désirerais rien plus

que de ne pas en être coupable!


Les guerres dans les années quatre-vingt-dix dans la Yougoslavie d'autrefois ont demandé beaucoup de dizaines de milliers de morts:


plus de 100.000 morts en Bosnie-Herzegovine

12.131 morts en Croatie

plus de 4.000 morts au Kosovo

38.000 morts au côté serb.


On pourra les supplémenter par des nombres additionnels d'horreurs: des centaines de milliers de blessés et de réfugiés, 30.000 de femmes violées.


Cela n'est pas il y a si longtemps, cela n'est pas si loin de nous, ce n'est non seulement de l'histoire, si nous pensons à la situation complètement irrésolue au Kosovo.


Il n'y avait pas de vainqueur, uniquement des perdants. Pourquoi? Pourquoi est-ce que nous sommes incapables d'apprendre de milliers de guerres à travers les millénaires et de l'expérience de millions de humains que la guerre rend peut-être quelques gens encore plus riches, quelques gens encore plus puissants, mais qu'elle tourne les sociétés et les hommes barbare et les fait souffir énormément?


Il y a beaucoup de raisons. Vous les connaissez. Une a été nommée par Maupassant, les Croates, les Serbes, les Bosniaques et les Albanais en ont fait l'expérience: „Le nationalisme et l'oeuf Basilique dont sort la couvée de dragon des guerres.“


Cela est une question actuelle en Afghanistan, en Iraq, à Darfour, et justement devant notre porte en plein milieu de l'Europe, par exemple au Kosovo, et souvent même derrière notre propre porte. Et c'est une grande tâche pour l'Union européenne. Quand je voyage aux sessions plenières du Parlement Européen à Strasbourg j'habite dans un hôtel en Allemagne. Je peux jogger du Parlement à l'hôtel justement par cette frontière sans passe-port sur laquelle dans le passé, des guerres sanglants ont été menées sur l'acier, le charbon et le pouvoir, portées justement aussi par la haine mutuelle dans les populations. Aujourd'hui la guerre est devenue inimaginable entre ces deux pays et beaucoup d'autres en Europe. L'UE a cette responsabilité aussi au Balkan de l'ouest.


Et la paix nous la voyons troisièmement sur ces photos, la gain qu'elle signifie, ses joies, ces possibilités infinies de même conquérir la gurrre et la haine. Cela est une tâche même encore plus grande, une tâche permanente, compliquée, une formidablement bonne. Elle aussi a été connue pour des millénaires et discutée et sa promesse n'a pas été tenue depuis de millénaires. Isocrates d'Athènes par exemple pensa il y a presque deux milles ans et demi, si bien que l'on ne peut rien y rajouter même aujourd'hui: „Cela devrait être notre soin de non seulement conclure la guerre mais de la maintenir. Mais cela ne se passera jamais, jusqu'à ce que nous venions à la conviction que la paix est mieux que le désordre, la justice mieux que l'injustice, le soin de nos propres bien plus approprié que l'aspiration aux biens des autres.“


Et finalement c'est une exposition sur les gens de Gägelow et Slano qui n'attendent pas d'autres et pas l'ainsi-dite grande politique. C'était par chance que le transport de Gägelow arriva à Slano, mais ce n'était pas par chance que Fritz Kalb et d'autres il y a quinze ans se mirent en route vers la Croatie pour aider avec une attitude presque arrogante comme si d'eux dépendait le soulagement de la misère mais il fallait qu'ils le fassent. L'humanité était leur réponse à la guerre, et une attitude que Bertha von Suttner a exprimé ainsi: „Ne restez pas muets, abrutis et résignés, ne repoussez pas vos scrupules de conscience, vos protestes internes avec le soupir découragé: 'Cela n'a pas de sens après tout.' Tout ce que vous faites a du sens. Quand des choses horribles se passent, n'en est coupable non seulement celui qui les fait, mais aussi celui qui ne dit rien et qui permet donc que ça se passe.“


Aujourd'hui d'une action existentielle une vie quotidienne permanente et riche s'est développé entre les gens de Slano et ceux de Gägelow, cela est peut-être même plus admirable et certainement encore plus rare. Les gouvernements, les banques, les compagnies ne rendent pas les guerres impossibles. De cela, ce n'est que les hommes qui en sont capables, leurs contacts, leurs amitiés, leur capacité de faire valoir la différence, d'en jouir comme d'une fortune et d'un enrichissement. Je voudrais vous remercier à Gägelow et à Slano, à votre maire défunct Fritz Kalb et encore une fois à vous, cher Hans-Joachim Musilinski, que je pouvais faire l'expérience d'un peu de tout cela et y prendre part un tout petit peu.

 

 
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