ANDRÉ BRIE    
FRANÇAIS | TEXTES CHOISIS
 

André Brie, contribution pour LA GAUCHE, mars 2008 

Provision existentielle publique au lieu de privatisatin libérale

 

East Riding dans la comté du Yorkshire a plus de 300000 d'habitants, des côtes impressionnantes, des châteaux forts historiques, des jardins bien aménagés – et un partenariat avec arvato. Il y a deux ans, la filiale de Bertelsmann accepta des tâches centrales d'administration dans cette comté d'Angleterre du Nord: solution de matières fiscales, paiement d'allocations de logement et d'aide sociale, des bureaux d'aide aux citoyens.  Ce qui est présenté comme une solution efficace de “modernisation de l'administration publique“ n'est pourtant en fait rien d'autre qu'un pas supplémentaire vers la privatisation de la provision existentielle par l'État. Ou, comme l'exprime David Nolan, le président des démocrates libéraux à East Reading, une “privatisation masquée“. 

Services publics, services d'intérêt général ou services existentiels publics – sous tous ces termes français, allemands et anglais, il se cache en principe des choses très semblables: la provision de services existentiels pour la communauté. A ces tâches qui sont fournies par des institutions de l'État, en Allemagne surtout les municipalités et les communes, il y appartient entre autres l'approvisionnement en énergie et en eau, les égouts et le transport de personnes, mais aussi les offres d'éducation et de santé pour la population au sens large, les caisses d'épargnes ou l'administration communale. Bien que les services puissent bien se distinguer dans leurs détails et parmi les différents États, ils constituent pourtant une partie centrale et traditionnelle des modèles européens de l'État social.

 

Élément du modèle de l'État social européen

Pour des décennies cela fut accepté par les pays-membres de l'UE et même ancré législativement, aussi en Allemagne. Déjà dans la loi fondamentale, l'article 20 définit la République fédérale comme un État fédéral social. Dans ce contexte l'on souligne explicitement le rôle des municipalités (art. 28). Même dans le traité de Lisbonne de l'UE qui fut signé en décembre 2007 par les chef d'États et de gouvernement, la provision existentielle est accordée une importance fondamentale. Le Conseil, donc les gouvernements des États-membres de l'UE, suivant l'article nouvellement introduit 188 c (4), doivent décider à l'unanimité  et justement pas à majorité qualifiée de la négociation et de la conclusion d'accords surtout dans les secteurs de la provision existentielle publique. Concrètement l'on y réfère au commerce de services du secteur social, éducatif et de santé, “si ces accords dérangaient sérieusement  l'organisation de ces services par les États-membres et pouvaient faire sérieusement obstacle à la responsabilité des États-membres pour ces services“. De cette façon l'on garantit aux États individuels de l'UE, par le droit pratiquemment existant de “véto“, leur mot et leur droit de décision continus dans un secteur important des services.   

Le protocole sur les “services d'intérêt général“ attaché au “traité de réforme“ fixe également qu'aux “valeurs communes de l'union en ce qui concerne les services d'intérêt général économique“, il y appartient aussi le rôle important et l'extrême latitude des agences fédérales, régionales et locales pour résoudre la question “comment les services d'intérêt économique général pourront être offerts d'une façon correspondant le mieux possible aux besoins des utilisateurs, comment ils pourront être contractés et organisés“. L'on souligne la diversité des services respectifs et les différences en ce qui concerne les besoins et les préférences des utilisateurs “qui peuvent dépendre de données diverses géographiques, sociales ou culturelles tout à fait différentes“. Et pas en dernier lieu l'on exige “un haut niveau en ce qui concerne la qualité, la sécurité, la nature sociale des prix , l'égal traitement et l'encouragement de l'accès universel et des droits d'utilisation“.

 

Politique de la concurrence déchaînée

Ce qui sonne raisonnable a l'air tout à fait différent en pratique. Justement le manque de régulations et de définitions inéquivoques laisse ouvert beaucoup d'arrière-portes et de chances d'intervention dans la souveraineté des États-membres, surtout pour des jugements asociaux de la Cour européenne. Le primat des “marchés ouverts“, de la libéralisation et surtout de la concurrence - établis de nouveau par l'UE et ses États-membres dans le Traité de Lisbonne – est  en fait opposé diamétralement à ces stipulations.  Ce qui est problématique surtout c'est la séparation opérée par les institutions de l'UE entre services économiques (ceux-là sont les ainsi-dits services d'intérêt général) et non-économiques, où ces derniers ne sont pas soumis aux règles de la compétition. Comme pourtant tout service non-économique a aussi des aspects économiques, il y a la menace d'un déluge de procès pour déterminer leur nature exacte. 

Où mènent libéralisation et compétition dans le cas de l'approvisionnement existentiel public est connu entre-temps. Bien sûr l'on aime sortir du tiroir toujours de nouveau l'argument que les agents régionaux et communaux  offriraient leurs services trop chers et de façon trop peu économique. Je ne voudrais pas disputer qu'il y a des cas où c'est vrai. Principalement pourtant c'est un argument caduque pour voiler le vrai motif, en occurrence les profits au dépens de la communauté. Après tout, tout le monde dépend des services exisentiels. 

L'example le plus clair, c'est la privatisation de l'approvisionnement en eau et des égouts. Après que la “dame de fer“, Margaret Thatcher, ait réalisé, en  1989, la privatisation de l'approvisionnement britannique en eau, il se développa dix monopoles régionaux privés. Tandis que ceux-là faisaient des profits énormes, les citoyenNes étaient forcés d'accepter des hausses dramatiques du prix de l'eau. Déjà pendant les permières dix années depuis la privatisation, les prix montèrent par 41 pourcents. Le maintien des conduits pourtant resta de côté. Entretemps à Londres presqu'un tiers de l'eau est perdue à cause de conduits pourris. 

A Berlin aussi, les citoyenNes doivent payer de plus un plus cher pour  “l'or bleu“ depuis la privatisation partielle des services municipaux d'eau il y a presque 10 ans. Depuis 2003 seul, les prix ont augmentés par 26 pourcents – des augmentations supplémentaires ont déjà été annoncés. Entre-temps, le Sénat berlinois a dû massivement rectifier. “Nous allons essayer de rester en-dessous du niveau d'inflation“, déclara le chef exécutif de l'entreprise, Jörg Simon, au début de 2008. Si c'est vraiment réaliste, restera à voir. Aprés tout, aux coûts courants qui sont passés aux consommateurs de toute façon, ils s'ajoutent encore les intérêts à payer aux investisseus privés. C'étaient  dans l'année 2008, 7,77 pourcents sur 3,7 milliards d'Euro. 

De choses similaires se montrent dans le cas du détressement des compagnies  d'énergie et de la réalisation d'une vraie compétition entre les fournisseurs d'électricité et de gaz. Il est bien connu que les grandes entreprises dictent leurs prix et leurs conditons aux services municipaux et aux agents régionaux. A part du fait que ces agents plus petits passent leurs prix aux clients et de cette façon finalement, c'est encore une fois les “grands“ qui  encaissent les revenus, pas mal d'entreprises régionales sont menacées par la reprise directe ou même par la fermeture. Devant cet arrière-fonds, la séparation de leurs reseaux de conduits, offerte “généreusement“ par quelques multinationales d'énergie, se présente dans une lumière tout à fait différente : comme le maintien et le renouvellement continuel des systèmes est cher,  une  séparation (bien sûr hautement profitable) des réseaux et donc le transfert des coûts au public devrait accroître leurs profits encore plus.

 

La protection conséquente de l'approvisionnement existentiel est indispensable

Il est bien clair où va le voyage:

- Aussi en ce qui concerne l'approvisionnement existentiel public la compétition pour coûts devrait être le critère principal. Des normes

sociaux, écologiques ou de sécurité resteraient de côté;

- Les agents privés fixeraient les prix et les conditions, les communes n'auraient guère de possibilités d'intervenir;

- Les petites et moyennes entreprises en tant qu'agents communaux et régionaux n'auraient que peu de chances face aux grandes compagnies actives à l'échelle internationale;

- Les communes perdraient le droit de compenser leurs déficits par des gains dans d'autres domaines. De cette façon, les citoyenNes seraient confrontés en plus à des impôts et des frais toujours en hausse.

 

Il devrait s'agir aujourd'hui de forcer l'UE et les gouvernements des États-membres à tenir les promesses qu'ils ont donnés à Lisbonne et d'utiliser activement les possibilités qui leur restent après tout dans le traité pour ce faire. Le répandissement du fondamentalisme du marché et de la compétition  déchaînée à l'approvisionnement existentiel devrait être évité. A cette fin, il ne faut pas en dernier lieu des règles et des régulations clairs à l'échelle toute-européenne et à celle des pays-membres. Et cela exige aussi quelque chose du gouvernement fédéral à Berlin, et surtout de la discussion, de la résistance et des alternatives développées par les concernés, les citoyennes et les citoyens, les communes et les comtés.                         

 

 
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